L’Union fut l’un des premiers journaux afro-américains de langue française documentés dans le Sud des États-Unis. Le premier numéro de L’Union parut le 27 septembre 1862 à La Nouvelle-Orléans.
Éditeurs et journalistes
Notes et remarques
L’Union fut l’un des premiers journaux afro-américains de langue française documentés dans le Sud des États-Unis. Le premier numéro de L’Union parut le 27 septembre 1862 à La Nouvelle-Orléans. Il donnait une voix à la communauté créole afro-américaine de classe moyenne de Louisiane. Ces personnes étaient généralement libres, multiraciales, instruites, natives de Louisiane et majoritairement d’ascendance française. En raison de ce statut, elles souhaitaient devenir des citoyens américains à part entière et jouissant du droit de vote. Un groupe d’hommes afro-américains et autres Créoles, parmi lesquels Louis Charles Roudanez et Paul Trévigne, fonda et dirigea le journal. Roudanez était médecin, diplômé de l’Université de Paris et du Dartmouth College. Trévigne était éducateur dans la première école gratuite des États-Unis destinée aux enfants afro-américains. Toutefois, pour des raisons politiques, Frank F. Barclay, un éditeur blanc, assuma le titre d’« Éditeur-Imprimeur » du journal. Les éditeurs et journaux opposés à la Confédération et à l’esclavage étaient souvent menacés, voire forcés de cesser leur publication. Barclay avait dirigé d’autres journaux français à La Nouvelle-Orléans, Le Compilateur et L’Estafette, avant de rejoindre L’Union.
Sous la devise « Mémorial Politique, Littéraire et Progressiste », L’Union débuta comme un journal républicain bihebdomadaire de deux pages. Il promouvait les principes républicains. Le journal publiait également des informations sur les effets néfastes de l’esclavage sur la démocratie américaine ainsi que des renseignements pertinents sur la guerre de Sécession. La Déclaration d’indépendance et ses principes constituaient la base de sa vocation et de sa ligne éditoriale.
Barclay connut des difficultés financières en raison d’un manque de publicité. Il vendit le journal à Louis Dutuit, un autre éditeur et imprimeur blanc, à l’automne 1862. Son nom continua d’apparaître comme « Imprimeur » sur plusieurs numéros. Avec le temps, la mise en page passa de cinq colonnes à trois, et Dutuit améliora la typographie. Il augmenta également les annonces publicitaires. Le journal devint trihebdomadaire, paraissant le mardi, le jeudi et le samedi. Outre les éditoriaux, il publiait des nouvelles de la guerre et du gouvernement, des articles échangés avec d’autres journaux du Sud et du Nord, ainsi que des informations internationales, de l’histoire française, des principes démocratiques et des nouvelles locales. Il proposait aussi des ordres militaires, des avis divers, de la littérature, de la poésie et des publicités pour des hôtels, théâtres et autres commerces francophones. Le journal était bien connecté et apprécié par d’autres titres francophones américains comme Le Messager Franco-Américain de New York.
En 1863, L’Union tenta de s’adresser à une communauté afro-américaine plus large. À partir de son numéro du 14 juillet 1863, le journal devint bilingue. Il se mit à publier un journal en anglais de deux pages intitulé the Union. Bien que publiés ensemble et partageant certains points communs, les deux journaux présentaient des contenus et informations différents. Les éditoriaux, les articles et les rares annonces de the Union portaient sur des sujets plus pratiques et non littéraires, mettant en avant les qualités morales, intellectuelles et patriotiques des Africains et Afro-Américains aux États-Unis. Ce contenu décrivait notamment la bravoure des soldats afro-américains combattant pour l’Union et pour la démocratie. The Union publiait également des nouvelles nationales, régionales et locales sur la guerre et sur les crimes commis contre les Afro-Américains libres ou réduits en esclavage.
Ce changement éditorial ne pouvait toutefois masquer que les deux journaux s’adressaient à des publics afro-américains différents. L’Union et the Union étaient tous deux républicains et favorables à l’émancipation universelle. Cependant, le français de L’Union constituait une barrière, tout comme ses sensibilités créoles. Par exemple, dans son numéro du 11 avril 1863, les rédacteurs exprimèrent leur frustration envers le mouvement abolitionniste. Ils estimaient que leurs propres droits — droit de vote et pleine citoyenneté — n’étaient pas pris en considération : « Mais une chose nous frappe avec étonnement, c’est que pas une voix du sein de ces assemblées ne s’est encore élevée pour plaider en faveur de nos droits. »
Presque un an plus tard, dans son numéro du 31 mai 1864, L’Union/the Union annonça qu’il suspendrait sa publication. L’Union invoqua les bas salaires de ses abonnés, les plaintes des plus aisés, l’intimidation pro-confédérée et le manque d’encouragement des autorités. Le journal encouragea également les directeurs et actionnaires de L’Union à se réunir le 10 juin 1864. Ils devaient régler le coût du matériel d’imprimerie, faute de quoi celui-ci serait vendu pour rembourser les dettes du journal. Pourtant, la publication se poursuivit jusqu’à son arrêt brutal, le 19 juillet 1864. Roudanez racheta les journaux et leur matériel d’impression. Deux jours plus tard, il les transforma en La Tribune de la Nouvelle-Orléans et en The New Orleans Tribune.
Ressources bibliographiques
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Bell, Caryn Cossé, « The Common Wind's Creole Visionary: Dr. Louis Charles Roudanez », dans South Atlantic Review, vol. 73, n° 2, 2008, p. 10-25.
Dessens, Nathalie, « Louis Charles Roudanez, a Creole of Color of Saint-Domingue Descent: Atlantic Reinterpretations of Nineteenth-Century New Orleans », dans South Atlantic Review, vol. 73, no 2, 2008, p. 26-38. Disponible en ligne.
Rouzan, Laura V., « Dr. Louis Charles Roudanez: Publisher of America's First Black Daily Newspaper », dans South Atlantic Review, vol. 73, no 2 (printemps 2008), p. 54-58.
Rouzan, Laura V., "A Rhetorical Analysis of Editorials in L’Union and New Orleans Tribune”, Dissertation, Florida State University, 1989.